Karima, comment en es-tu venue à travailler comme photographe au Centre franco-égyptien de Karnak, quel est ton parcours ?

Je m’appelle Karima Al-Dowi, je suis de Louqsor, je travaille au Centre franco-égyptien comme photographe depuis 2004 aux côtés des Français et des Égyptiens et j’en suis ravie. Jamais, petite, je n’aurais pensé travailler dans ce lieu où mon propre père a travaillé durant 42 ans. Je suis fière d’avoir pris sa suite même si c’était inattendu. J’ai six frères et je suis la seule de la famille à avoir été attirée par le métier de mon père. Je suis venue toute jeune visiter le laboratoire photo à une époque où je ne comprenais absolument pas ce qu’était un appareil photo, encore moins un photographe. Mais j’étais intriguée et j’ai obtenu de mon père l’autorisation de venir observer ce qu’il faisait l’après-midi de temps en temps, puis de plus en plus souvent. C’est comme ça que j’ai appris quelques petites choses et que j’ai commencé, après l’école, à l’aider à scanner les photos, à développer les pellicules. J’ai fini par le faire toute seule et de manière très efficace. Antoine Chéné, qui dirigeait le laboratoire photo alors, a été surpris de voir que le travail était fait de manière plus minutieuse qu’avant et quand il a su que j’en étais responsable, il m’a prise sous son aile. Lui et le photographe Philippe Groscaux m’ont formée non seulement à la photographie, mais aussi à l’utilisation de l’ordinateur, du graveur de CD/DVD etc. Mon père ne savait pas lire et ne pouvait écrire que les numéros, donc j’apportais quelque chose de plus. À force de travail, en notant tout dans un petit cahier, j’ai réussi à apprendre le français et quand mon père a dû partir en retraite, j’ai pris sa place. J’ai alors bénéficié d’un apprentissage intensif durant 6 mois avec le photographe Gaël Pollin et c’est comme ça que j’ai pu devenir photographe à part entière.

Je suis devenue en quelques années une autre personne, curieuse, ouverte d’esprit et autonome, et parfaitement formée aux nouveaux logiciels et programmes, je me suis aussi perfectionnée en français en prenant des cours à Louqsor car je trouvais mon niveau insuffisant. Depuis, je donne d’ailleurs des cours d’égyptien aux jeunes stagiaires français qui viennent en mission au Centre !

Aujourd’hui je suis fière et je suis sûre que mon père, là où il est, est aussi fier de voir sa fille conjuguer le métier de photographe et vie de famille bien remplie.

Karima et son père, photographe du CFEETK durant plusieurs décennies (Archives CFEETK, photo Gaël Pollin)

En quoi consiste ton quotidien de photographe du CFEETK ?

Dès que mes enfants sont préparés et en route pour l’école, je pars pour le Centre franco-égyptien. Mon travail est varié, chaque mission est un peu différente même si elle consiste avant tout à faire des photographies : je vais par exemple voir le tailleur de pierre dans un secteur du temple parce qu’il a besoin de clichés pour accompagner les phases d’une anastylose, ou je retrouve les restaurateurs occupés à consolider des blocs, nettoyer des statues ou traiter des objets issus des fouilles dans un magasin, je fais quelques jolies photos avec mon appareil numérique ou des clichés plus techniques. Je suis amenée aussi à photographier sur les sites de fouille. J’ai par exemple récemment travaillé avec deux archéologues, Dr Mona Ali Abady égyptienne et Shana Guerrero, française, qui ont conduit des fouilles à l’est du Musée de plein air. Je vais sur le terrain presque tous les jours, plutôt en début de matinée, je photographie aussi les gens de l’équipe et les ouvriers en train de travailler, lors de découvertes etc. Ensuite je travaille sur mon ordinateur, je vérifie les photos, je choisis les clichés et je me sers aussi depuis peu d’un nouveau logiciel, Agisoft Metashape, pour la photogrammétrie. Nous faisons des clichés très précis grâce à lui pour les chercheurs. Chaque fin de semaine, tout mon travail, nettoyé avec Adobe Photoshop, est ajouté aux archives du CFEETK.

(CFEETK 2026, photo Lionel Roux)

Comment vois-tu ton travail au Centre franco-égyptien dans les années qui viennent, de quoi as-tu envie pour les années à venir ?

Chaque jour j’apprends quelque chose, et je souhaite continuer ainsi, qu’il s’agisse de techniques, de logiciels etc. Mon travail au Centre franco-égyptien m’apporte énormément de choses sur le plan professionnel et humain et je ne peux pas m’imaginer ailleurs, j’ai encore de l’enthousiasme pour 40 ans !

Note : Le Centre franco-égyptien d’étude des temples de Karnak (CFEETK – https://www.cfeetk.cnrs.fr/) est une institution permanente et binationale sous les tutelles du Ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités (MoTA, SCA) et du CNRS. Il a pour mission l’étude, la préservation et la valorisation des monuments de Karnak. Le CFEETK est actuellement dirigé par les Drs Abdelghaffar Wagdy (SCA-MoTA, directeur général des Antiquités de Louqsor) et Jérémy Hourdin (CNRS).

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