Le 19 septembre 2026, à l’occasion des Journées du Patrimoine, le chanoine Étienne Drioton était particulièrement mis à l’honneur par l’inauguration officielle de deux sites qui portent désormais son nom.

A Villers-les-Nancy, sous l’impulsion du Cercle Scientifique Étienne Drioton (Nancy), fut inauguré une allée sise dans le parc du château de Madame de Graffigny. A Montgeron, où il vécut les neuf dernières années de sa vie, une stèle était érigée au centre d’un square qui lui est désormais dédié. Ceci à l’initiative de Sylvie Carillon, maire de la ville, et en présence du professeur Nicolas Grimal, secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, de René Hodot, Membre de l’Académie Lorraine des Sciences, professeur émérite de l’Université de Lorraine, d’Elsa Rickal et Sépideh Qahéri du Collège de France et de Jean-Guillaume Olette-Pelletier de l’Institut Catholique de Paris ainsi que des membres du Conseil municipal et de nombreux Montgeronnais.

Avant d’évoquer son action au sein de la Société Française d’Égyptologie, il est peut-être pertinent de rappeler ici les points importants de sa carrière exceptionnelle. Né à Nancy le 21 novembre 1889, il choisit la voie sacerdotale et poursuit ses études d’égyptologie à l’Institut Catholique de Paris. Dès 1920 il y est promu professeur de philologie égyptienne et copte, et enseigne également au Louvre. De 1924 à 1936 il participe à plusieurs campagnes de fouilles en Égypte sur les sites de Médamoud[1] et de Tôd. En 1926 il est nommé conservateur-adjoint du Département des antiquités égyptiennes au Musée du Louvre. Il est déjà très apprécié pour ses travaux lorsque le roi Fouad Ier d’Égypte l’appelle à la haute fonction de Directeur Général du Service des antiquités, au Caire, fonction qu’il occupera de 1936 à 1952. La révolution égyptienne provoque son retour définitif en France. Il renoue alors avec son rôle d’enseignant dans le supérieur. En 1957 il est élu Professeur au Collège de France, avant de s’éteindre à Montgeron le 17 janvier 1961, laissant une œuvre scientifique immense et novatrice[2]. Sa bibliographie dépasse les 400 articles couvrant tous les domaines de l’égyptologie.

Co-fondateur puis Président de la Société Française d’Égyptologie.

Remontons dans le temps. Le 19 juin 1923, Étienne Drioton déposait auprès de la Préfecture de police de Paris les statuts de la Société Française d’Égyptologie. Il en était l’un des co-fondateurs et le premier secrétaire, aux côtés du Président Georges Bénédite, alors conservateur au Musée du Louvre, d’Alexandre Moret, vice-président, et de Charles Boreux, nommé trésorier.

Le 19 juin 1923, Étienne Drioton déposait auprès de la Préfecture de police de Paris les statuts de la Société Française d’Égyptologie.

Son engagement et son dynamisme assurent dès la première année le succès de cette nouvelle Société savante. Les propositions d’adhésion qu’il envoie accompagnées des statuts de la société ne se limitent pas à la France. Il sollicite non seulement la communauté des égyptologues mais aussi les responsables de structures culturelles, les sociétés savantes et de nombreuses personnalités françaises et étrangères. Les réponses positives affluent immédiatement : demandes d’adhésion en qualité de membres d’honneur, de membres actifs ou de simples adhérents.

Le courrier conservé dans les archives de Montgeron en témoigne. Citons Alan Gardiner, F. Li. Griffits, le prince d’Ammam, des institutions culturelles, les universités de Calcutta, du Wisconsin, le directeur du musée gréco-romain d’Alexandrie… Le relais sera de plus assuré par certaines institutions françaises et étrangères auprès de leurs contacts. D’autres hautes personnalités rejoindront bientôt la Société, notamment le roi Fouad Ier d’Égypte, ou Fakhry Pacha, ministre d’Égypte à Paris. Le premier tome de la Revue de l’Égypte Ancienne sera édité en 1925 mais la souscription à cette première publication est proposée dès 1923 si l’on se réfère à la demande de « The New York Public Library »[3]. É. Drioton y participe par un article intitulé « Un mot nouveau copte »[4]. Quelques années plus tard, en 1932, il assure la promotion d’une médaille à l’effigie de J.-F. Champollion, éditée pour commémorer le centenaire de sa disparition[5].

Ses hautes fonctions à la Direction du Service des Antiquités d’ Égypte au Caire éloignent Étienne Drioton durant 16 ans de la France, mais il ne manque pas de publier nombre d’articles scientifiques dans le Bulletin de la Société. La révolution égyptienne de 1952 voit son retour en France où il poursuit désormais ses activités de chercheur et d’enseignant. Le 21 octobre 1952, lors de l’assemblée générale de la Société, le Président Pierre Montet évoquait l’action bénéfique de la France en Égypte depuis Auguste Mariette jusqu’au départ d’É. Drioton, regrettant qu’il ait été l’objet de campagnes calomnieuses. Lors de cette séance, É. Drioton fut accueilli par de longs applaudissements. La SFE lui rendait ainsi un vibrant hommage[6]. Lors d’une réunion du comité en date du 29 novembre 1956, il est nommé Président, succédant ainsi à G. Bénédite et A. Moret les co-fondateurs, à Raymond Weill et Pierre Montet. « Il se déclare soucieux de suivre les directives pour l’orientation de la société, ainsi que celles de ses illustres prédécesseurs…»[7]. Il s’implique alors pleinement dans son nouveau rôle. Attentif au rayonnement de la Société par ses publications, il se charge le 23 mai 1959 du secrétariat de la Revue d’Égyptologie alors en proie à de grandes difficultés financières[8]. Il assurera la présidence de la SFE jusqu’en 1960.

Co-fondateur et premier secrétaire, puis membre actif et auteur d’articles scientifiques, Président de 1956 à 1960, le nom du chanoine Étienne Drioton s’inscrit incontestablement dans l’histoire de la Société Française d’Égyptologie.

Michèle Juret


[1] F. Relats-Montserrat, Médamoud I, L’histoire d’une fouille (1924-1940), FIFAO 96, 2024

[2] Michèle Juret, « Étienne Drioton, l’Égypte, une passion » ed. G. Louis, Haroué 2013.

[3] Lettre de H. Anderson à É. Drioton, datée 13 août 1923, Archives E. Drioton, Montgeron, dossier 63.

[4] É. Drioton, « Un mot nouveau copte » dans Revue de l’Égypte ancienne, TI, 1925-1927, p. 15-17.

[5] Lettre de Henry de Morent à É. Drioton., datée 13 octobre 1932. Archives de Montgeron, dossier 63.

[6] BSFE N° 12, février 1953, p. 6 et 9.

[7] BSFE N° 23, Mai 1957, p. 3.

[8] Archives de Montgeron, dossier 63.

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