La mission française des fouilles de Tanis (EPHE-PSL), dirigée par Frédéric Payraudeau (Sorbonne Université, vice-président de la SFE) et Ahmed Nakshara (Ayn Shams University), a annoncé fin 2025 une importante découverte dans la nécropole royale de San el-Hagar, déjà connue pour les trésors qui y ont été trouvés en 1939. Dans une salle de la tombe du roi Osorkon II (XXIIème dynastie, vers 850 avant J.-C.), près d’un sarcophage anonyme pillé depuis longtemps, l’équipe a trouvé un dépôt de 225 statuettes funéraires en faïence. Elles portent le nom de Chéchonq III, successeur d’Osorkon II.
C’est la première fois depuis 1946 qu’une découverte aussi importante est faite dans les tombes royales de Tanis. La mission poursuivra son programme d’étude et de conservation de la nécropole royale en 2026, en étroite collaboration avec le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités. Retour sur cette découverte exceptionnelle, avec Frédéric Payraudeau.

Frédéric Payraudeau, vous êtes vice-président de la SFE, professeur à Sorbonne Université et directeur de la Mission Française des fouilles de Tanis. Pouvez-vous brièvement présenter le site et son importance historique ?

Tanis est une ville du nord-est du delta, fondée en 1038 av. J.-C. pour être la capitale de la 21e dynastie. Le site s’étend sur près de 200 hectares et comprend des temples dédiés à Amon, Mout Khonsou ou Horus, sur le modèle de Thèbes, capitale de Haute Égypte. C’est aussi un site important pour l’histoire de l’égyptologie française : Pierre Montet y a trouvé en 1939 la nécropole royale des 21e et 22e dynasties (vers 1069-730 av. J.-C.), avec des trésors qui sont toujours exposés au Musée égyptien du Caire, celui de la place Tahrir.

« Trouver du mobilier funéraire en place dans une tombe royale en Égypte est extrêmement rare ! »

Quels sont les objectifs des fouilles présentes et passées qui ont mené à la découverte de ces 200 oushebtis ?

La nécropole royale dégagée en 1939 n’a jamais vraiment cessé d’être l’objet d’études mais la mission a lancé en 2017 un programme de conservation et de mise en valeur. Il implique la construction d’une nouvelle toiture et d’un système de pompage pour protéger les tombes des infiltrations d’eau qui provoquent des inflorescences salines sur les reliefs. Ce programme passe aussi par une nouvelle étude, notamment de la tombe d’Osorkon II (NRT I) avec une fouille archéologique, des études épigraphiques et des activités de conservation dont les objectifs peuvent se croiser. C’est ainsi que l’opération de retrait des boues salées qui couvraient les sols de la tombe devait aussi permettre d’obtenir des informations sur l’architecture de la tombe et son occupation.

« La nécropole n’a pas livré tous ses secrets et (…) son histoire est largement à réécrire ! »

Pouvez-vous présenter cette découverte et nous dire pourquoi elle est aussi marquante à vos yeux ?

Nous avons pu trouver ce dépôt de statuettes funéraires en place dans une petite fosse creusée dans le sol de la salle 1, qui donnent le nom du pharaon enterré dans le sarcophage anonyme situé dans cette pièce. Trouver du mobilier funéraire en place dans une tombe royale en Égypte est extrêmement rare, c’est donc une très belle découverte. La surprise vient aussi du nom du propriétaire, Chéchonq III. Ce roi possède en effet une tombe décorée à une quinzaine de mètres de là. L’explication de son inhumation dans la tombe d’Osorkon II réside probablement dans la guerre civile qui fit rage pendant les quarante ans de son règne. On peut imaginer que sa succession a été plus troublée qu’on ne le pensait. Cette découverte montre que la nécropole n’a pas livré tous ses secrets et que son histoire est largement à réécrire !

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