Depuis 2015, une mission archéologique franco-égyptienne explore le site de Médamoud afin de mieux comprendre l’organisation d’une ville de province dans l’Égypte antique. Les fouilles mettent notamment en lumière l’importance d’une production céramique à grande échelle et la place de ce centre artisanal dans les réseaux économiques de la Thébaïde.

La mission française de Médamoud prend la suite des travaux menés sur le site par les fouilles menées conjointement par l’IFAO et le musée du Louvre entre 1925 et 1940.

Figure 1
fig.1 : Relats Montserrat 2024, p. c13.1, archives Ifao

Ces travaux avaient porté sur le temple de la divinité tutélaire du site, Montou – le dieu de la province de Thèbes : en effet F. Bisson de la Roque (1925-1932) (fig.1 : Relats Montserrat 2024, p. c13.1, archives Ifao), puis Cl. Robichon (1933-1940), dégagèrent successivement le grand temple gréco-romain et les aménagements qui s’y rattachent, sur les restes des temples du Moyen et du Nouvel Empires. Après une longue interruption, Dominique Valbelle, ancienne présidente de la SFE, avait repris l’étude d’un monument du site – la porte de Tibère – dans les années 1970 puis entre 2011 et 2015. Ce monument constituait l’entrée monumentale du site à l’époque romaine et était gravé de scènes expliquant la théologie du site. En 2015, Félix Relats Montserrat a mis en place un nouveau projet archéologique en partenariat entre l’Ifao et la faculté des lettres de Sorbonne Université. Le nouveau programme de fouilles reprend, dans sa globalité, les activités archéologiques sur le site et met en valeur la richesse historique et religieuse du site depuis le dernier quart du IIe millénaire av. J.-C. jusqu’à la fin du VIe siècle de notre ère. Depuis 2021, la commission des fouilles du MEAE a apporté son soutien au projet.

Actuellement la mission est structurée autour d’un programme de recherches intitulé « Dynamiques urbaines d’un centre de production céramique en Thébaïde », qui vise à mobiliser le potentiel qu’offre le site de Médamoud pour documenter une ville de province en Haute-Égypte. Les opérations prennent la suite de l’exploration du site au début du XXe siècle, ainsi que de la reprise des activités archéologiques depuis 2015. Ces recherches ont confirmé le potentiel du site et nous ont permis d’établir les trois axes de recherche qui structurent désormais nos travaux : le premier est de livrer un exemple d’une ville de province en Thébaïde. En effet, si l’étude de l’urbanisme égyptien s’est fortement développée depuis les années 1970, l’attention reste encore aujourd’hui focalisée majoritairement sur les capitales (soit nationales, soit régionales), ou sur les fondations de la couronne. Dans ce cadre, Médamoud offre un cas d’étude – à ce jour peu documenté en Égypte pharaonique – d’une occupation urbaine de province qui ne semble avoir jamais occupé de fonction politique particulière (fig. 2 : fouille du secteur d’époque romaine à l’ouest de la porte de Tibère).

fig. 2 : fouille du secteur d’époque romaine à l’ouest de la porte de Tibère

En revanche, l’occupation du site apparaît désormais, à la lueur de nos fouilles, être caractérisée par une production artisanale dans la longue durée (Deuxième Période intermédiaire – époque romaine), offrant un cadre d’étude pour comprendre la structuration de l’artisanat céramique dans l’espace urbain. C’est pourquoi le second axe d’étude porte sur l’analyse de cette production qui peut dorénavant être qualifiée d’industrielle de par son échelle et sa circulation. Surtout, les vestiges découverts permettent de documenter le cadre de la production céramique et de réfléchir à la place que les ateliers occupaient dans le milieu urbain, tout en examinant leur fonctionnement interne. Enfin, la mission a fait sa priorité de la coopération avec les autorités locales et de la protection du patrimoine, dans une région encore à l’écart des flux touristique. C’est pourquoi un dernier axe sera consacré à l’étude de la documentation épigraphique et architecturale pour restituer la place de Médamoud dans son environnement antique (fig. 3), tout en assurant sa mise en valeur (fig. 4).

fig.3
fig.4

Le programme de recherches peut, de ce fait, être décomposé en trois objectifs complémentaires : tout d’abord étudier les dynamiques urbaines de la localité en étudiant la structuration du tissu urbain dans la longue durée ; ensuite documenter la structuration de la production céramique dans cette même agglomération et la place qu’elle a jouée dans les réseaux économiques antiques ; enfin assurer la mise en valeur du site en exploitant la documentation qui en est issue.

fig. 5

Pour répondre à ces objectifs, cette année de fouille s’est concentrée particulièrement autour de deux secteurs : l’occupation d’époque romaine près du temple et un secteur de production céramique installé à proximité d’une enceinte urbaine du Moyen Empire au sud du temple (fig. 5).

La mission de Médamoud est dirigée par Félix Relats Montserrat (Sorbonne Université – membre du Comité de la SFE). Participent à la mission R. Séguier, archéologue (UMR 8167 Orient & Méditerranée), Zulema Barahona Mendieta, céramologue (CSIC/chercheuse associée Orient et Méditerranée), N. Cantin, archéomètre, (CEALEx), N. Favry, en charge de la documentation (Sorbonne Université, Secrétaire générale de la SFE), M.-P. Jung, archéologue (EVEHA international), M. Kačičnik, photographe (Ifao), N. Licitra, archéologue, O. Lavigne, tailleur de pierre, Mohamed Abdu Hosein, intendant (Ifao), Hassan Mohamed Ahmad, restaurateur (Ifao), J. Simon et D. Vives Menor, doctorants (Universitat autonoma de Barcelona), B. Ferran, A. Badji et A. Lesage, doctorants (Sorbonne Université), et tous les collaborateurs égyptiens. Doivent aussi être remerciées les autorités égyptiennes, tout particulièrement M. Abd el Ghafar et S. el Nasseh.

L’équipe de la mission de Médamoud (© R. Séguier)

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