par Guillemette Andreu-Lanoë
Reconnu par l’égyptologue Jaroslav Černy comme « l’homme le plus riche qui ait jamais vécu parmi les hommes de l’équipe de la Tombe », le scribe royal Ramosé est une des stars de Deir el-Médina. La cinquantaine de monuments (stèles, statues, bas-reliefs, fragments architecturaux, tombes) qui portent son nom, ainsi que les nombreux ostraca, graffiti ou papyrus qui le mentionnent, font de ce scribe royal un des personnages privés les mieux connus de l’Egypte ancienne.
Fils d’un certain Amenemheb et d’une dame Kakaia qui n’appartenaient pas à « l’Équipe de la Tombe » mais au personnel « de l’extérieur », Ramosé fait partie du personnel du temple funéraire de Thoutmosis IV et de celui d’Horemheb, avant d’être nommé scribe de la Tombe en l’an 5 de Ramsès II (1274 avant notre ère). Il doit cette nomination à l’intervention du vizir Paser, homme de confiance de Ramsès II et gouverneur tout puissant dans la région thébaine. Visiblement Paser avait repéré en Ramosé son aptitude à faire exécuter au mieux les ordres royaux qui concernaient le chantier de la tombe du grand Ramsès dans la Vallée des Rois. Ramosé et Paser formaient un tandem, comme le confirment leurs représentations. La visite des tombes de Deir el-Médina permet de voir régulièrement sur leurs parois le pharaon Ramsès II, son vizir Paser, et près d’eux Ramosé qui semble se glisser derrière eux.
Signe de son statut privilégié et de son opulence, il obtient trois concessions pour lui et sa famille dans la nécropole de Deir el-Médina (TT 7, 212 et 250) tandis que des textes indiquent qu’il possédait des domaines agricoles et du bétail.
A Deir el-Médina, il occupe ses fonctions au moins jusqu’en l’an 38 de Ramsès II et prend en charge le chantier de la construction d’une résidence royale, le khenou, supposée accueillir Ramsès II lors de ses tournées en Haute-Égypte, mais aucun texte ne mentionne la visite de Ramsès en ces lieux. Non loin de ce palais, il supervise l’édification du temple d’Hathor tout en étant aussi « scribe comptable du bétail d’Amon-Rê » et participe une fois à l’organisation de la « belle fête d’Opet », une des deux plus grandes fêtes célébrées à Thèbes à la gloire du dieu dynastique Amon.
Soucieux de transmettre son savoir-faire et sa position, et parce que c’était la tradition dans les familles, Ramosé tenta sans succès d’avoir des enfants avec son épouse Mouemouia. On peut lire sur ses monuments des prières à Thouéris et à Min, censés favoriser la fécondité, mais pour augmenter ses chances Ramosé fit exécuter un ex-voto particulier. Il s’agit d’un grand phallus sculpté dans du calcaire et dressé sur un socle. La prière qu’on y lit, signée par Ramose, s’adresse à Hathor, « celle qui aime et désire ». Sans doute mis au jour par Bernard Bruyère en 1939 lors des fouilles du secteur du khenou, cet objet fut resté caché, ainsi que de nombreux fragments de même nature, en bois ou calcaire tels qu’on en voyait dans les magasins du site dans les années 1980. L’égyptologue Jean-Pierre Corteggiani (1942-2022), fidèle membre de la SFE, a vu cet objet conservé dans les réserves du musée du Caire, et c’est à lui que je dois ces informations.
Guillemette Andreu-Lanoë





