Le Louvre, le British Museum, le Museo Egizio de Turin… : bien souvent les regards des égyptophiles se tournent vers les principaux musées du Continent. C’est précisément le contrepied que propose cette série d’articles. L’Europe est riche de très nombreuses collections égyptologiques, certaines bien connues, d’autres beaucoup moins : celles-ci méritent pourtant largement le détour.
De Munich à Glasgow, en passant par Avignon ou Cambridge, partons à la découverte de musées qui méritent une visite. La sélection des œuvres présentées ici ne prétend ni à l’exhaustivité ni à l’inventaire complet des chefs-d’œuvre de chaque institution. Pensé comme une « visite subjective », chaque article propose simplement un parcours personnel à travers quelques pièces choisies pour leur singularité, leur pouvoir d’évocation ou l’émotion qu’elles suscitent — autant d’invitations à explorer ces collections par soi-même. Première étape aujourd’hui : le Danemark, sa capitale Copenhague, et la remarquable Ny Carlsberg Glyptotek.
Même si vous n’avez pas d’intérêt particulier pour l’Egypte ancienne, une visite de la Ny Carlsberg Glyptotek s’impose lors de votre passage dans la capitale danoise. Les collections qu’elle abrite ont pour origine la passion artistique de Carl Jacobsen (1842-1914), fils du fondateur des brasseries Carlsberg, qui a constitué entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle une collection remarquable d’antiquités et de peintures. Rassemblée dans un magnifique bâtiment construit à partir de 1897 — et rénové pour la dernière fois en 1996 — la collection est d’une richesse étonnante. On y découvre un extraordinaire ensemble d’art étrusque, un exceptionnel corpus de sculptures grecques, de très nombreuses œuvres de Rodin et, entre autres, des tableaux de grands maîtres français : Cézanne, Courbet, David, Degas, Gauguin, Manet, Monet, Renoir, Sisley, Toulouse-Lautrec ou encore Van Gogh…

« (…) des salles lumineuses, aux couleurs douces et chaudes, avec une scénographie simple et solennelle et des sols en terrazzo pourpre agrémentés de motifs égyptisants en mosaïque blanche… »
Nombreuses seront donc les tentations de s’égarer pour l’amateur d’art égyptien… mais sa persévérance (ou sa résistance) paiera ! En effet la collection égyptienne de la Ny Carlsberg Glyptotek n’a rien d’anecdotique : elle se déploie dans des salles lumineuses, aux couleurs douces et chaudes, avec une scénographie simple et solennelle et des sols en terrazzo pourpre agrémentés de motifs égyptisants en mosaïque blanche. Voici ce que, pêle-mêle, on pourra y voir, dans un musée magnifiquement rénové et entretenu, organisé autour d’un jardin d’hiver particulièrement accueillant.
On découvre d’abord plusieurs bas-reliefs issus de tombes de l’Ancien Empire, aux scènes simples et touchantes : le chargement d’un âne par deux paysans, une procession de porteurs d’offrandes, le transport d’une caisse emplie de canetons, ou encore la capture de canards au filet, dans un relief entièrement incrusté de pierres de couleur.








Plus loin apparaît une tête fragmentaire du roi Khéphren, avant que le visiteur ne pénètre dans une salle circulaire consacrée aux têtes royales et divines. On y remarquera notamment une sublime tête d’Amenemhat III en grauwacke.



Parmi les sculptures figure également la magnifique statue de Djebou, Maître du Trésor royal sous la XIIIe dynastie, découverte à Karnak. Non loin se dressent un lion massif en granit, ainsi que la remarquable statue en diorite du prêtre Ahmose et de sa mère Baket-Rê, datant de la XVIIIe dynastie.



La collection compte aussi plusieurs œuvres d’une grande force symbolique : une représentation d’Anubis assis (grandeur nature), le groupe colossal réunissant Ramsès II et le dieu Ptah, ou encore une émouvante tête brisée de Sekhmet.



D’autres pièces, plus modestes mais tout aussi fascinantes, méritent également l’attention : une stèle dédiée par un certain Ipi au taureau Mnévis, provenant d’Héliopolis ; une tête de femme en ivoire d’une grande finesse ; un petit pot en ivoire figurant une Thouéris à tête humaine (XVIIIe dynastie) ; ou encore un plat en faïence bleue décoré de motifs hathoriques, provenant d’Abydos.




Parmi les reliefs, l’une des pièces les plus spectaculaires est sans doute une talatate amarnienne montrant le visage de la princesse Méritaton levé vers les rayons d’Aton. L’œuvre est d’autant plus intéressante que le crâne rasé initial de la princesse a été ultérieurement transformé en perruque royale, probablement ornée d’un uraeus.

La visite peut se conclure par une stèle « à oreilles » en calcaire provenant du temple de Ptah à Memphis (XVIIIe dynastie), ainsi que par un charmant petit ichneumon en bronze, coiffé d’un disque solaire et représenté en position d’adoration.


Sans rivaliser en taille avec les grandes collections égyptiennes d’Europe, la Ny Carlsberg Glyptotek offre donc un parcours étonnamment riche, servi par une présentation élégante et apaisante. Une étape inattendue mais mémorable pour tout amateur d’art pharaonique : courez à Copenhague !






